Mise en avant des travaux du projet EPC « Mortalité des moules : la bactérie suspecte isolée »

Article paru dans Ouest-France le 22/12/2021, portant sur le travail d’Hélène BOURAS réalisé dans le cadre du projet EPC.

Le laboratoire normand Labéo a identifié et isolé la bactérie suspectée d’être à l’origine de la mortalité des moules. L’enquête va s’achever en janvier 2022 par une manipulation sur le littoral de la Manche.

Hélène Bouras, thésarde, et Maryline Houssin, codirectrice de recherches à Labéo, à Caen, où la bactérie a été isolée. Les études ont été largement financées par les départements et la région normande.
Hélène Bouras, thésarde, et Maryline Houssin, codirectrice de recherches à Labéo, à Caen, où la bactérie a été isolée. Les études ont été largement financées par les départements et la région normande. | OUEST-FRANCE

« La souche bactérienne Francisella halioticida a été isolée pour la première fois à partir de tissus de moules : c’est une première mondiale. » Le laboratoire normand Labéo espère avoir franchi une étape importante dans les recherches de la cause de la mortalité des moules d’élevage. Le phénomène a commencé en 2014, en Charente-Maritime et en Vendée. Puis il s’est remonté à la Bretagne et en Normandie.

Depuis, il est toujours présent, essentiellement sur les naissains, mais frappe à géométrie variable, « selon les années et selon les secteurs. En Normandie, nous avons connu une forte mortalité en 2020 et 2021. C’est très difficile à comprendre », atteste Manuel Savary, directeur du comité régional de conchyliculture.

Jamais observée en France

Labéo s’est emparé du sujet en 2016. « Problème chimique ? Environnemental ? Présence d’un pathogène ? Nous ne savions pas », se souvient Maryline Houssin, codirectrice des recherches à Labéo. Maud Charles, thésarde, est chargée d’entamer les investigations. « Nous avons écarté l’hypothèse du cancer de la moule, tout comme les conditions environnementales, peu probantes. »

Restait alors l’élément pathogène. Après une « grosse bibliographie sur tous les pathogènes des bivalves dans le monde », les mêmes lésions sont repérées sur des coquilles Saint-Jacques du Japon et du Canada. Le suspect a désormais un nom : la bactérie Francisella halioticida. Avec l’ADN, ça « matche » à nouveau : « Tous les échantillons de moules portaient une trace ADN de cette bactérie. Jusqu’alors, elle n’avait été jamais observée en France. »

« Dans quinze mois, on saura »

Nous sommes fin 2020. Problème : « Cette bactérie est difficile à isoler et longue à cultiver. » Hélène Bouras, également thésarde, y parviendra quelques mois plus tard. La dernière étape débutera en janvier 2022, dans les locaux du SMEL (Synergie mer et littoral) de Blainville-sur-Mer (Manche). « Ce sera une grosse manipulation de quinze mois sur un lot de 700 moules. » Chaque moule recevra sa dose de bactérie, « avec des concentrations différentes, dans des conditions différentes. »

« Alors, nous saurons si c’est elle, ou pas. Nous savons que la profession est en attente de réponses », termine Maryline Houssin. « Il y a eu d’autres études, notamment d’Ifremer. Celle-ci est une étape majeure sur l’aspect pathogène. Nous sommes impatients de savoir si cette bactérie est bien notre suspecte », confirme Manuel Savary.

Une profession en plein doute. En Normandie, les gisements naturels de la zone Est du Cotentin se sont évanouis, notamment la célèbre moule de Barfleur depuis 2015. Malgré la concordance des dates, « nous ne savons pas si c’est dû à la mortalité ou à un déplacement de ces gisements. Ce serait surprenant que tous ces gisements aient bougé en même temps. »

source: Ouest-France, paru le 22/12/2021

Article publié le 22 décembre 2021 à 17h10

Partager sur Linkedin
CENOPAC
295 rue de Jersey,
50380 Saint-Pair-sur-Mer
Tél. 06 47 83 19 17